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9,6 millions de salariés placés en activité partielle

24/04/2020. Quel impact financier pour l’Unédic ?
Nous finançons 33 % de l’indemnité d’activité partielle, pour un coût d’environ 1 milliard d’euros par semaine de confinement. Si l’on part sur dix semaines de confinement, on atteint 10 milliards. Au-delà des 10 millions de salariés en activité partielle, il faut souligner que nous continuons à verser des indemnités à pratiquement 3 millions de demandeurs d’emploi. Il faut ajouter à cela les 100 000 personnes qui arrivaient en fin de droits et dont la durée d’indemnisation a été prolongée en mars. Si nous devons aller jusqu’à juillet, cela représentera 500 000 personnes, pour un coût d’environ 1 milliard d’euros.
Nous devons également verser une allocation complète à des personnes qui cumulaient allocations chômage et emploi. Il y a un mois et demi, nous avions 1 million de personnes qui travaillaient, percevaient leur salaire et touchaient une partie de leur allocation. Désormais, nous finançons le mois complet.

Nous sommes sur une situation totalement inédite en nombre de personnes concernées et de montant. Nous jouons vraiment notre rôle de stabilisateur économique et social. C’est le fondement même de l’utilité sociale du régime d’assurance chômage.
L’indemnité versée aux employeurs a été augmentée et de nouveaux publics ont été intégrés comme les assistantes maternelles ou les salariés du public. L’Unédic contribuera-t-elle aussi à hauteur de 33 %, à ces coups de pouce accordés par le gouvernement ?
Oui, c’est la règle qui prédomine. Après, cela dépendra des publics concernés. Pour les employeurs publics, non. Nous allons faire l’avance et ensuite être remboursés par ces employeurs. Mais le dispositif n’est pas encore définitif.

L’Unédic contribuera-t-elle aussi à financer le chômage aprtiel pour les personnes en garde d’enfant ?
C’est un sujet qui est en cours de chiffrage, puisqu’il date de ce week-end. Mais il n’y a pas de débat. Aujourd’hui, nous sommes là pour rendre possibles et soutenables les décisions qui sont prises. Nous sommes au rendez-vous pour jouer notre rôle et absorber le choc dans cette économie qui est à l’arrêt, plongée dans une forme de coma artificiel face à la crise sanitaire.

Pourquoi l’Unédic contribue-t-elle au chômage partiel ?
Ce qui se passe aux États-Unis, ou dans d’autres pays qui n’ont pas mis en place de dispositif similaire, montre bien les effets de la crise sur l’emploi avec du chômage de masse immédiat. Notre rôle est de protéger les salariés et les entreprises, de soutenir la consommation, de maintenir le pouvoir d’achat des ménages mais derrière ça, il faut que le tissu productif puisse repartir le mieux possible, avec les salariés et les compétences qui étaient présentes avant la crise dans les entreprises. Les montants paraissent impressionnants, mais ils sont engagés aujourd’hui, pour ne pas l’être demain.

Quel est l’impact de cette crise sur les rentrées financières pour l’Unédic ?
60 % de nos finances sont assises sur les cotisations employeur, cela fait environ 25 milliards d’euros pour 2019. Ensuite, nous avons un prorata de CSG qui complète ces recettes, pour 14,6 milliards d’euros. 9 milliards d’euros proviennent de la CSG des salariés du secteur privé et 5 milliards de la CSG globale que paient par exemple les retraités. En 2019, sur 39,5 milliards de recettes recouvrées, un peu plus de 34 milliards provenaient soit des employeurs, soit des salariés qui travaillent dans les entreprises privées.

Le report de charges des entreprises et la chute des cotisations sociales représentent environ 650 millions d’euros par mois. Nous aurons aussi une baisse liée à l’assiette de salaire concernée par l’activité partielle (les 70 % du brut se basant par exemple sur un salaire hors heures supplémentaires, N.D.L.R.). Mais les rentrées financières vont surtout baisser après l’été. Tout le monde espère une reprise assez vigoureuse mais il est compliqué de se projeter dans une situation qui serait proche de janvier ou février.

L’Unédic anticipait un retour à l’équilibre de l’Assurance chômage pour l’année prochaine. Sera-t-il possible d’envisager d’amorcer le désendettement en 2021 ?
Nous sommes clairement dans un modèle de rupture avec celui qui était envisagé. On devait être à près de 900 millions d’euros de déficit sur l’année 2020 et un retour à l’excédent de l’ordre de 2 ou 3 milliards d’euros en 2021, et 4 milliards en 2022. Aujourd’hui, il est totalement impossible de faire des prévisions. Cela va dépendre de ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Sans trop s’avancer, nous pouvons être sûrs d’une chose, c’est que nous finirons 2020 beaucoup plus endettés que prévu.
Nous devions être sur une dette de 38 milliards d’euros en fin d’année et ensuite amorcer une dynamique de désendettement. Pour nous amener autour de 32 milliards d’euros fin 2022.
10 milliards d’euros de chômage partiel, auxquels vont s’ajouter les reports de cotisations, les surcroîts d’allocations dus à la crise et les autres mesures du plan d’urgence, c’est quasiment un tiers de notre dette nominale.